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      PIEDS-NOIRS HIER     PIEDS-NOIRS TOUJOURS Introduction

Avec mes cousins pieds-noirs, j'appartiens à la cinquième génération née en Algérie, le maximum étant de sept en 130 ans de présence française. Je suis la première à n'avoir pas vécu mon enfance "là-bas" et malgré cela, je reste par le coeur attachée à cette histoire familiale qui couvre donc une période d'environ 100 ans, s'écoulant approximativement entre 1850 et 1964 après l'indépendance de l'Algérie.

Je fais donc oeuvre de mémoire pour mes enfants et les leurs, les rassurant que les detracteurs de notre pays qui stigmatisent l'épopée coloniale sont des ignorants incapables de faire la part des choses. Je ne juge pas l'esprit d'indépendance qui a animé dans les années 1950-60 des algériens. Je pense néanmoins qu'ils ont été manipulés par des idéologies autrement plus coupables que notre colonisation qui a nourri, faut-il le rappeler à ceux qui la jugent, leurs parents de la métropole, les algériens d'origine et des milliers d'europeens sans fortune ou indésirables dans leurs propres pays. Ils donnèrent "tous" à la France lorsqu'elle fut en danger, en plus de leur sueur laborieuse, de leur sang.

Voici la reconstitution de notre ascendance espagnole, illustrée de cartes postales les plus anciennes découvrant l'environnement qui dû être, à peu près, le leur.

 

Notre famille a des racines en Espagne dont les preuves ne remontent pas au-delà des années 1800. Nos aieux quittèrent ce pays vers 1850 pour fuir, sans aucun doute, leur misère. Mais leur existence d'exilés "économiques" ne fut pas plus heureuse en Algérie.  Leur vie resta tragiquement ponctuée de deuils fréquents et à tout âge, laissant souvent des orphelins et de jeunes veuves n'ayant souvent pas d'autre situation reconnue, à lire les actes d'état civil,  de n'être au mieux que des ménagères, si non "sans profession".

La lecture attentive des registres désormais publiés sur Internet par l'ANOM, m'a sensibilisée sur leur précarité.  Comment ces mères-courage, seules et soutien de famille purent-elles assurer gite et couvert ? Pour survivre elles durent travailler hors de chez elles et leurs enfants à peine sorti de l'enfance entrer précocément dans le monde du travail. Quant à nos plus proches parents, ils atteindront indéniablement de meilleurs jours et ce malgré 1914-1918, la crise de 28 et 1939-1945. Au vu de l'histoire contemporaine de l'Espagne et des conditions de vie aujourd'hui de leur descendance, nos ancêtres exilés auraient eu alors raison de tenter leur chance ailleurs.

N.B. L'Algérie française était une particularité avec une mosaîque de gens de toutes origines depuis l'Antiquité et de religions cohabitantes. Les français de la métropole d'ailleurs pour la plupart, croyaient  même dans les années 60, que les pieds noirs étaient tous des arabes...!

Nos patronymes maritaux : CROUANES/ASENSIO

l'orthographe de ces deux  noms de famille connait des variantes selon les scribes de l'état civil

1822 : A Rafol de Salem (Province de Valence) Dolores PASTOR qui épousa Francisco CROUANES donna le jour à un petit Salvador. Ses parents naquirent probablement vers 1800. L'Etat Civil espagnol n'existait pas mais l'Eglise, omniprésente et puissante dans le royaume, consignait les naissances, les mariages et les deces forcément liés aux sacrements de l'Eglise. Les registres paroissiaux de Ràfol auraient-ils été épargnés de la perte ou de la destruction suite aux guerres qui ont si fréquemment traversé l'Espagne pour espérer découvrir, un jour, plus en amont d'autres ancêtres ?

 

Salvador à son tour se maria à Salvadora MONTANER en Espagne mais il mourut en Algérie le 19/09/1857 à Saint Denis du Sig. Les lieux de naissance de leurs deux premiers enfants connus permettent d'établir leur installation en Algérie dans les années 1850. De quel port d'embarquement espagnol sont-ils partis ? Débarquèrent-ils à Oran, fief de générations d'espagnols depuis le XVème siècle ? Probablement le premier acte retrouvé est une naissance en 1851.

       

fond d'image carte postale pub biscuit lefevre utile 1900 Alger

 

 

 

Quels villages quittèrent-ils en Espagne ? Les uns laissèrent derrière eux El Ràfol de Salem (province de Valence), les autres Huercal en Andalousie (carte ci-dessus)

Le premier toponyme est sans equivoque sur la présence historique des "arabes" au Moyen Age espagnol. Sous d'autres appellations "les maures" ou "les sarrazins", ils sont une mosaïque d'ethnies nord-africaines islamisées par les arabes venus de la péninsule arabique. La méditerranée ne leur était pas infranchissable. Aussi au nom de Mahomet embarquèrent-ils leurs chevaux, leurs tentes, leurs sabres et leur foi pour conquérir l'Europe. Mais au nord de Poitiers, Charles Martel les stoppa en 732. Vaincus ils ne rebroussèrent pas tous en Espagne. Des hordes s'éparpillèrent et firent souches jusqu'en Touraine (Bossé près de Sainte Maure)

La moitié sud par contre de la peninsule ibérique fut par leur victoire érigé en califat. Il fut prospère laissant à la postérité un patrimoine architectural remarquable et laissa d'autres empreintes tout aussi fortes.

L'unité du royaume espagnol après l'aventure américaine fut encore longtemps compliquée par d'éternels conflits intérieurs. Pour consolider l'intégrité du royaume, de grands domaines terriens furent créés, hélas comme toujours, au détriment des petits propriétaires. Les brigandages et les épidémies mortelles accentuèrent leur dénuement et nombre de générations d'espagnols, dont les nôtres vers 1847, furent alors contraints soit de rester indéfiniment pauvres, soit de partir et d'espérer

Huercal , deux localités rurales homonymes située en Andalousie, distantes d'une centaine de kms, l'une Huercal-Overa (Pulpi) orientée vers Murcia, l'autre Huercal de Almeria représentée sur la carte ci-dessus. Je  ne sais à ce jour duquel ou desquels me viennent mes racines. Dans mon ascendance individuelle, j'ai deux sources  huer-caliennes : l'une d'aieux maternels d'Algérie (ASCENCIO, GIMENEZ) et une autre venant de mon aïeule paternelle "tourangelle" (patronyme CATALAN).

    (à suivre)

Pourquoi vers l'Algérie ? Les relations orano-hispaniques qui furent plus ou moins fructueuses selon les époques, commencèrent dès le XVème siècle.

L'intervention militaire française en Algérie fut initialement la réponse à une sollicitation du Bey d'Alger pour chasser ensemble l'occupant turc. L'Europe du XIXème était à l'heure de l'ex-pansion coloniale et l'Angleterre précisément, qui avait un pied à Gilbratar avait d'autres vues sur l'Algérie. La France ne pouvait accepter ce projet sans réagir et s'imposa dans une Algérie habitée de peuples plus ou moins belliqueux entre eux et peu interessés au developpement de leur pays. Indiscutablement opportunistes et la conquête acquise en 1830, les français n'eurent de cesse de mettre en valeur ce pays et toute l'Afrique du Nord. Les fruits d'une colonisation ne tombent jamais dans un seul panier.

La France s'accommoda fort bien ainsi de la main d'oeuvre espagnole, croissante au fil des decennies. Elle était courageuse et endurante au travail de la terre d'abord, sobre et matériellement peu exigeante pour sa subsistance et résistante aux épreuves du climat méditerranéen.

Il était une fois à Saint Denis du Sig, la famille Cruanes  click